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Une histoire sans fin : le tabou de l’argent en France

18 juin 2020
par Caroline Menager
 Caroline Menager
bébé dormant avec un chat qui lui met la patte sur la bouche

En France, L’argent, c’est tabou !

Demander à quelqu’un combien il gagne est considéré comme impoli, tout comme il est plutôt mal du d’étaler sa richesse !

Ce n’est pas le cas partout : aux Etats-Unis ou dans d’autres pays plus libéraux, quand on gagne bien sa vie, on est fier de sa réussite et on n’hésite pas à dire combien on gagne pour le prouver. C’est une autre mentalité, plus décomplexée. Et justement, ces complexes français sur l’argent,  sur la richesse, d’où viennent-ils ?

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Un malaise qui remonte loin

D’abord, du Moyen-Âge, où deux catégories très importantes du corps social dénigraient l’argent : les nobles et l’Eglise.

Les nobles méprisaient l’argent, encensant d’autres valeurs bien plus chevaleresques comme l’honneur, le courage, la prouesse. Pour eux, l’argent ne servait qu’à être dépensé, pour se faire plaisir et faire plaisir aux autres. Ils étaient bien plus fiers de leur terres, de leurs châteaux, de leur fiefs, que de leur fortune. Au contraire des petits bourgeois qu’ils méprisaient, prétendument cupides et économes.

Les hommes d’Eglise, eux, ont imposé l’idée que l’argent menait toujours au péché. L’avidité est dans la religion chrétienne un des sept péchés capitaux, et les prêtres doivent faire vœu de pauvreté. Bien que cela n’ait pas empêché l’Eglise chrétienne de considérablement s’enrichir à l’époque, il était plus ou moins convenu que les riches n’iraient pas au paradis, ou très difficilement. Entre dédain et diabolisation, les bases étaient alors posées pour que l’argent devienne un problème dans notre pays.

La mentalité française

Autre raison : les Français sont pour beaucoup d’origine paysanne et rurale.

Et depuis des siècles, dans les villages français, on garde ses économies planquées chez soi, sans en parler pour éviter la jalousie, ou pire le vol du pécule par des voisins malveillants. Une sorte de culture du silence, teintée de paranoïa et de jalousie, s’est depuis installée dans les mentalités françaises. Sympa l’ambiance.

Une dernière raison, enfin : la République. Notre société est basée sur un système qui se veut juste (égalité-fraternité) et égalitaire, et cela crée une confusion et une frustration, dues aux réalités économiques en fait très différentes chez les gens.

Fort de tous ces éléments, l’argent est devenu un sujet tabou en France. Il n’y a qu’à voir les politiques qui dissimulent leurs revenus, les footballeurs qui détestent parler de leurs salaires, les riches qui se font discrets, voire même secrets.

Une fatalité ?

On remarque néanmoins qu’en réalité, c’est la richesse qui est tabou plus que l’argent, puisque que les gens qui gagnent peu et s’en plaignent n’ont aucun problème à divulguer leurs bas revenus.

C’est plus ou moins l’inverse dans les pays anglo-saxons, qui sont de culture protestante. Et chez les protestants, traditionnellement, c’est de ne pas gagner d’argent qui est considéré comme douteux.

Mais alors, ce tabou de l’argent est-il une bonne chose ? Beaucoup déclarent qu’il est contre-productif car il empêche parfois d’avoir de vraies discussions concrètes, et qu’il freine même notre économie. Une sorte de peur de s’enrichir, causée par une haine et un dégoût des riches. Cela durera-t-il pour toujours ? Nos ados, nos enfants, pourront et voudront-ils encore prolonger cette « omerta » sur les questions d’argent, dans un monde de plus en plus libéral, mondialisé, matérialiste et compétitif ? Pas certain. Les mentalités changent, la jeunesse française s’américanise, les rappeurs qu’ils écoutent parlent d’argent sans complexe…

À voir.

Et vous, pensez-vous que les Français devraient se détendre sur la question du fric, ou qu’au contraire, il est bienvenue de garder une certaine retenue sur la question ?